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La fantasy et son double médiéval

La fantasy entretient des rapports ambigus avec le Moyen Âge : nombreux sont les auteurs qui revendiquent une inspiration médiévale, qu’elle soit littéraire, folklorique ou historique, mais cette inspiration est parfois plus fantasmée que réelle, plutôt que de se fonder dans une connaissance directe des textes ou de l’histoire de la période. De plus, un roman de fantasy n’est pas un roman historique : l’univers de fiction qu’il déploie invoque le Moyen Âge sur le mode analogique, sans se soumettre nécessairement à une exigence de fidélité documentaire. La revendication de l’inspiration médiévale, enfin, peut jouer le rôle d’une stratégie de légitimation, typique d’un genre littéraire qu’on classe généralement dans les fictions dites « populaires » ou « de masse ». La fantasy, à tous ces points de vue, est la dernière incarnation du médiévalisme, cette mode médiévale multiforme et changeante qui parcourt les cultures occidentales, par phases, depuis l’époque romantique, en déconstruisant et reconstruisant l’image que nous nous faisons du Moyen Âge.

Le but de ce séminaire est d’explorer les liens multiformes que la fantasy entretien avec l’inspiration médiévale, en étudiant conjointement des œuvres contemporaines et des œuvres du Moyen Âge qui peuvent s’y rapporter. Quatre couples de textes seront proposés aux étudiants, chaque couple constitué d’une œuvre de fantasy et d’une œuvre médiévale en lien avec elle. Chaque étudiant devra lire au moins trois de ces couples (donc six œuvres en tout), ce qui permettra de nourrir les discussions et de comparer les approches de textes et d’auteurs très divers. Trois critères ont guidé le choix des textes contemporains :

  • Privilégier la fantasy francophone (une œuvre anglophone fondatrice a toutefois été incluse)
  • Mettre en lumière des œuvres qui relèvent de la fantasy « historique » et puisent explicitement leur inspiration dans l’histoire médiévale
  • Proposer à la fois des auteurs français et canadiens

Les quatre binômes proposés sont les suivants :

  1. Jean-Philippe Jaworski, Janua Vera (2007), un recueil de nouvelles dont chaque récit s’inspire d’un fantasme différent du Moyen Âge ou de sa littérature (fine amor, Moyen Âge barbare, pré-Renaissance italienne, folklore rural…). Ce recueil sera couplé à celui des Nouvelles courtoises dans la collection Lettres gothiques du Livre de Poche, pour permettre aux étudiants de comparer la technique du récit bref dans les deux recueils, ainsi que le réemploi de thématiques et de motifs littéraires médiévaux par Jaworski dans ses propres nouvelles.
  2. Fabien Cerutti, Le Bâtard de Kosigan I : L’Ombre du pouvoir (2014), premier tome d’une tétralogie qui se déroule dans une Europe alternative au xive siècle, où la magie est une réalité et l’humanité coexiste avec des espèces surnaturelles. Ce roman ira de concert avec le premier volume des Chroniques de Jean Froissart, qui couvre la même époque d’un point de vue contemporain : cela permettra aux étudiants de voir comment Cerutti joue avec les sources médiévales pour construire son histoire alternative.
  3. Justine Niogret, Mordred (2013), un court roman qui revisite la légende arthurienne en adoptant le point de vue de Mordred, le neveu maléfique du roi Arthur, et en inversant l’interprétation qui est traditionnellement faite du personnage. On lira ce texte avec La Mort le roi Artu, célèbre roman anonyme du xiiie siècle, qui relate la version médiévale canonique de la chute du royaume d’Arthur.
  4. Guy Gavriel Kay, A Song for Arbonne (1992), vaste roman dont l’univers est inspiré de l’Europe médiévale et plus spécifiquement de la croisade contre les Albigeois, pendant laquelle le royaume de France a subjugué les territoires occitans au xiiie siècle. La lecture de la Chanson de la croisade albigeoise permettra de mesurer les emprunts et les écarts faits à l’histoire médiévale réelle par Kay.

Des exposés et des discussions autour de ces couples d’œuvres émailleront une suite de séances thématiques qui permettront de comprendre les grandes dynamiques du genre de la fantasy, son rapport au passé réel ou fantasmé, et les échos que ces préoccupations peuvent trouver dans les pratiques d’écriture médiévales elles-mêmes, principalement autour de la notion de merveille.

Le séminaire se terminera par la venue de Guy Gavriel Kay à UBC : l’auteur donnera une conférence à Green College le 14 avril 2020 (5pm-6:30pm), qui sera modérée par moi-même et par les étudiants qui le souhaiteront.

Langue d’enseignement : le français

Professeur : Patrick Moran