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La philosophie de la traduction

Le principe de traduction est la clé de voûte de notre pensée. Cela a l’air paradoxal, puisque le travail du traducteur est d’habitude perçu comme secondaire, sinon subversif – une sorte de plagiat utilitaire, mais toujours un appauvrissement de l’original. Pourtant, notre façon de comprendre le monde, notre pensée et même notre image de nous-mêmes dépendent du remplacement d’un signe par un autre : quand on pense, on redit autrement. Ainsi une intelligence traductrice se trouve-t-elle à la base de la langue et de toute activité intellectuelle. C’est peut-être pourquoi le premier des dieux de Rome (Ianus Pater) était Janus bifrons, dieu aux visages alignés et symbole d’une chose qui se transforme en une autre, tout en restant la même. Imaginons-le parlant deux langues, le français et l’anglais.
Nous commencerons ce séminaire par un survol des pratiques les plus emblématiques de la traduction. Peut-on y voir une grammaire systématique qui préside à l’alignement de deux langues ? Surtout, nous verrons dans les traductions littéraires une sorte d’interprétation critique. Ensuite, nous nous demanderons si cette grammaire de la traduction se laisse généraliser utilement à d’autres domaines où il faut aligner deux langues ou deux ensembles de signes, comme dans le cas de l’accent étranger, de la métaphore, de l’intertextualité, des variations sur un thème, ou plus généralement, de l’alignement du texte littéraire et de son analyse critique. Toute interprétation passe par un texte bifrons.
Enfin, nous nous demanderons : qu’est-ce qu’une philosophie de la traduction ? La sensibilité traductrice est-elle réservée aux seuls traducteurs professionnels et à leur plagiat bien intentionné, ou, au contraire, informe-t-elle toute entreprise intellectuelle ? Le philosophe C. S. Peirce se tourne en effet vers la traduction pour définir son interprétant et fonder ainsi sa philosophie sémiotique : « Supposons que nous cherchons le mot ‘homme’ dans un dictionnaire français-anglais ; nous trouverons en face de lui le mot ‘man’, qui, ainsi placé, représente ‘homme’ comme représentant la même créature bipède que ‘man’ lui-même représente. » (Collected Papers 1.533, traduction de G. Deledalle)

Textes principaux:
Passages choisis des textes à consulter et bases de données de textes traduits.

Textes à consulter:
Ballard, Michel. De Cicéron à Benjamin: traducteurs, traductions, réflexions. Lille : Presses
Univ. Septentrion, 2007.
Chuquet, H. et Michel Paillard. Approche linguistique des problèmes de traduction anglais francais. Gap : Ophrys, 1987.
Hofstadter, Douglas R.. Le Ton beau de Marot. New York : Basic Books, 1997.
Ricoeur, Paul. Sur la traduction. Paris : Bayard, 2004.
Peirce, C. S.. Écrits sur le signe. Gérard Deledalle, éditeur. Paris : Seuil, 1978.
Ladmiral, Jean-René. Traduire : théorèmes pour la traduction. Paris : Gallimard, 1994
Vinay, Jean-Paul et Jean Darbelnet. Stylistique comparée du français et de l’anglais : méthode de traduction. Paris : Didier, 1977, 1984.

Language of instruction: français

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