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Marginalité, mondialité, avenir: réflexions sur les discours littéraires d’Afrique et des Caraïbes

Dès 1982, dans son essai L’odeur du père, V. Y. Mudimbé dressait le bilan d’une marginalisation systématique des pratiques discursives africaines. La « culture africaine » est pour lui « au mieux une survivance du passé et un ‘spectacle sérieux’ pour ethnologues, ‘amusant’ et ‘intéressant’ pour vacanciers du Club Méditerranée. » Ce sera le cas aussi longtemps que la culture africaine sera définie en référence à la « tradition africaine » : « tant qu’elle ne sera pas la parole de l’Afrique actuelle et de sa mouvance sociale, l’expression vivante et ferme de son devenir. » Une réflexion où s’entrecroisent le rétrospectif et le prospectif, centrée sur quatre textes à la fois emblématiques et problématiques, nous permettra de mieux cerner les étapes historiques, les conditions sociales et les potentialités d’un discours aux prises avec son droit de se nommer. La dimension rétrospective tiendra compte d’une trajectoire qui inclut la négritude, le panafricanisme, la décolonisation et la créolisation, alors que la dimension prospective ouvrira le dialogue avec des critiques féministes, des réfractaires aux identités et des théories utopiennes.
La mémoire historique des Longué-Béluse du Quatrième siècle, par exemple, sera confrontée au désarroi de Rosélie de l’Histoire de la femme cannibale qui, voyant les touristes descendre sur Robben Island, s’interroge : « Que faire du passé ? Quel cadavre encombrant ! Devons-nous l’embaumer et, ainsi idéalisé, l’autoriser à gérer notre destin ? Devons-nous l’enterrer, à la sauvette, comme un malpropre et l’oublier radicalement ? Devons-nous le métamorphoser ? »  Dans Les aubes écarlates de Miano, les grands mouvements collectifs conçus par des romanciers-visionnaires comme Sembène (Les bouts de bois de Dieu) continuent à susciter l’espoir à l’ère d’une violence postcoloniale récurrente face à laquelle l’Africain(e) comme individu ne manquera pas de réclamer sa parole de devenir.

Corpus
Édouard Glissant, Le quatrième siècle (1964)
Maryse Condé, Histoire de la femme cannibale (2003)
Ousmane Sembène, Les bouts de bois de Dieu (1960)
Léonora Miano, Les aubes écarlates (2011)

Ouvrages à consulter :
Bernabé, Confiant et Patrick Chamoiseau, Éloge de la créolité, Gallimard, 1993.
Bestman, Martin, Sembène Ousmane et l’esthétque du roman négro-africain, Naaman, 1981.
Condé, Maryse et  Madeleine Cottenet-Hagues (sous la direction de), Penser la créolité, Karthala, 1995.
Diagne, Ismaïla, Lire et relire Sembène Ousmane, L’Harmattan, 2014.
Glissant, Édouard, Traité du Tout-monde, Gallimard, 1997.
Hurbon, Laënnec, Ernst Bloch : Utopie et espérance, Cerf, 1974.
Fraiture, Pierre-Philippe, V. Y. Mudimbé : Undisciplined Africanism, Liverpool University Press, 2013.
Kebe, Mohammed Habib, « Le panafricanisme dans le contexte de la mondialisation », Présence africaine 181-182.1 (2010) : 221-249.
Lassi, Marie-Étienne, « Léonora Miano et la terre natale: territoires, frontières écologiques et identités dans L’Intérieur de la nuit et Les Aubes écarlates », Nouvelles Études Francophones 27.2 (2012) : 136-150.
Laurent, Sylvie, « Le ‘tiers-espace’ de Léonora Miano romancière afropéenne », Cahiers d’études africains 4.204 (2011) : 769-810.
Mudimbé, V. Y.  L’odeur du père, Présence Africain, 2000.
—, The Invention of Africa, Indiana University Press, 1988.
—, On African Fault Lines: Meditations on Alterity Politics, University of KwaZulu-Natal Press, 2013.

Langue d’enseignement: français

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